Loader

Evans Paul: « Can elections be held without voters? »

L’ex-premier ministre, Evans Paul

À trois mois du premier tour des élections, prévu le 13 décembre 2026, le processus d’inscription des électeurs suscite de sérieuses inquiétudes. Lancée le 20 juillet, l’opération comptait seulement 540 407 inscrits au 6 septembre, sur un potentiel estimé à 6,6 millions d’électeurs. Avec une moyenne d’environ 10 700 inscriptions par jour, le nombre d’électeurs enregistrés pourrait difficilement dépasser les 900 000 avant la clôture des inscriptions, fixée au 13 octobre.

Selon l’ancien Premier ministre Evans Paul, les écarts entre les départements illustrent davantage les difficultés du processus. Le Sud affiche le meilleur taux d’inscription, avec environ 13 %, tandis que l’Artibonite reste autour de 3 %. Dans l’Ouest, qui concentre près de 2,6 millions d’électeurs potentiels, le taux ne dépasse pas 2,8 %. À ces difficultés s’ajoute l’insécurité : le Conseil électoral provisoire (CEP) reconnaît ne pas pouvoir intervenir normalement dans plusieurs zones contrôlées par des groupes armés, notamment dans une grande partie de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

La situation des personnes déplacées internes (PDI) constitue un autre obstacle majeur, estime Evans Paul. Plus de 1,5 million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, ce qui complique leur inscription et leur accès aux documents nécessaires.

Dans plusieurs secteurs, les Centres d’inscription et de vote (CIV) sont éloignés des populations concernées pour des raisons de sécurité. Pendant ce temps, les autorités peinent à rétablir un environnement suffisamment sûr pour permettre aux électeurs, aux candidats et aux agents électoraux de participer pleinement au processus.

L’ancien Premier ministre constate également que le cadre institutionnel et juridique demeure marqué par l’instabilité. Le décret électoral publié en décembre 2025 a fait l’objet de plusieurs modifications au cours de l’année 2026, tandis que la direction du CEP a récemment changé de mains avec l’arrivée de Peterson Pierre-Louis.

Le calendrier électoral soulève lui aussi des interrogations : la campagne doit débuter le 5 octobre, alors que la liste définitive des candidats qualifiés est attendue le 14 octobre. Par ailleurs, au début du mois de septembre, moins d’une trentaine des 105 formations politiques autorisées avaient atteint le seuil de 30 000 adhésions exigé.

Dans ces conditions, Evans Paul estime que la question dépasse désormais la simple tenue du scrutin. Une élection organisée avec une participation potentiellement très faible, dans un pays où de nombreuses zones restent inaccessibles et où des millions de citoyens sont déplacés, risque d’alimenter davantage la contestation de la légitimité des futurs élus.

Alors que des acteurs nationaux et internationaux continuent de soutenir la tenue des élections, l’enjeu central demeure celui des conditions nécessaires à leur crédibilité. « Haïti peut-elle réellement organiser des élections représentatives sans garantir l’inscription et la participation d’une majorité de ses électeurs ? », a-t-il conclu.

W.E.

Author: InfoNation

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are indicated with *