Esther Thomas alias Nice B et le Prophète Mackenson Dorilas
Pétion-Ville, le 8 septembre 2026.-
En Haïti, plusieurs affaires récentes impliquant des personnalités très actives sur les réseaux sociaux mettent en lumière les rapports de plus en plus complexes entre influence numérique, criminalité présumée et sécurité. Avec des audiences parfois considérables, ces figures publiques occupent une place importante dans l’espace médiatique et peuvent rapidement amplifier une information, une accusation ou une controverse. Deux dossiers récents, ceux d’Esther Thomas, dite « Nice B », et de Mackenson Dorilas, illustrent les interrogations que soulève cette nouvelle réalité.
Dans le dossier de l’influenceuse « Nice B », la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a publié un avis de recherche contre Esther Thomas dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat d’une autre influenceuse connue sous le nom de « Baby Love ». Les autorités la recherchent notamment pour assassinat, tentative d’assassinat et association de malfaiteurs.
Le parquet près du Tribunal de remière instance de la Croix-des-Bouquets a également demandé son arrestation et sa présentation devant la justice. Ces éléments constituent des faits de procédure et des accusations portées par les autorités ; ils ne préjugent pas de la culpabilité de l’intéressée, qui relève d’une décision judiciaire.
Le dossier de Mackenson Dorilas présente une autre configuration. Connu sur les réseaux sociaux comme « Pasteur » ou « Prophète », il a été arrêté en juillet 2026 par la DCPJ après son audition au parquet de Port-au-Prince. Les autorités judiciaires ont indiqué qu’il faisait notamment l’objet de poursuites pour usage de faux et association de malfaiteurs, dans une affaire liée à une agence de voyage et à des plaintes de personnes se déclarant victimes d’escroquerie. Là encore, il convient de distinguer les faits rapportés par les autorités, les accusations et la décision qui pourrait éventuellement être rendue par la justice.
Ces deux affaires, différentes dans leur nature, ont toutefois un point commun : elles concernent des personnes qui bénéficiaient d’une visibilité importante sur les plateformes numériques. Elles ne permettent pas de conclure que les influenceurs constituent, en tant que groupe, une source d’insécurité. Elles montrent plutôt que la notoriété acquise sur les réseaux sociaux ne protège pas contre les dérives individuelles et peut, dans certains cas, placer des personnalités au cœur d’affaires aux conséquences bien réelles.
Parallèlement, les pratiques de certains utilisateurs : accusations publiques, menaces, diffusion de rumeurs ou de contenus non vérifiés, peuvent contribuer à aggraver les tensions dans un environnement déjà fortement fragilisé.
Cette réalité pose également la question de l’effet produit par les réseaux sociaux sur l’espace public haïtien. Une publication émanant d’une personne suivie par plusieurs milliers d’internautes peut être immédiatement reprise, commentée et diffusée à grande échelle. Lorsque l’information est exacte, cette capacité peut servir à alerter, sensibiliser et informer.
Mais lorsqu’elle repose sur une rumeur, une accusation sans preuve ou un contenu destiné à provoquer, elle peut contribuer à la désinformation, à la stigmatisation ou à l’escalade d’un conflit. La responsabilité ne repose donc pas uniquement sur celui qui publie, mais également sur ceux qui choisissent de relayer le contenu.
Les affaires « Nice B » et Mackenson Dorilas ramènent ainsi au centre du débat la question de la responsabilité dans l’espace numérique. Que doit faire une personnalité disposant de milliers d’abonnés lorsqu’elle reçoit une information non vérifiée ? Jusqu’où peut aller la liberté de dénoncer sans porter atteinte aux droits d’autrui ? Et quelle responsabilité pour l’internaute qui partage une accusation sans en connaître l’origine ou la véracité ?
Dans une Haïti confrontée à une crise sécuritaire et institutionnelle profonde, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’influence : il concerne la capacité des réseaux sociaux à contribuer à l’information et à la prévention plutôt qu’à devenir un nouvel espace de propagation des tensions.
W.E.






