Rosy Auguste Ducéna
Port-au-Prince, le 17 septembre 2026.- Invitée ce jeudi 17 septembre 2026 à l’émission Panel Magik sur Magik 9, Rosy Auguste Ducéna, responsable de programme au Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), a mis en cause des défaillances sécuritaires, en s’appuyant sur les conclusions d’une enquête menée par l’organisation sur les récentes attaques à Kenscoff.
Selon elle, une évaluation sécuritaire réalisée après les premiers massacres avait recommandé la mise en place de plusieurs points fixes avec des unités spécialisées de la PNH. Toutefois, entre novembre 2025 et juillet 2026, environ 60 % des effectifs affectés à ces dispositifs auraient été rappelés, fragilisant ainsi le mécanisme de protection de la zone avant les attaques des 23 et 24 août.
D’après Rosy Auguste Ducéna, l’évaluation réalisée avec l’appui d’experts en sécurité des ambassades de France et des États-Unis avait identifié plusieurs axes considérés comme stratégiques pour prévenir une éventuelle attaque contre Kenscoff. Des points fixes devaient notamment être établis dans des secteurs comme Téléco, à proximité de l’hôpital Sainte-Hélène, ainsi qu’à Viard 1, Carrefour « Malè » et Carrefour Marouka.
Le mécanisme prévoyait l’implication d’unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti (PNH), notamment le CIMO, la BRI, la BLVV, l’UTAG et la BOID. Selon le RNDDH, ce système devait permettre de sécuriser les principaux itinéraires susceptibles d’être empruntés par les groupes armés et de réduire la vulnérabilité de Kenscoff.
Mais, toujours selon l’organisation de défense des droits humains, une partie importante de ce dispositif a progressivement été démantelée. « De novembre 2025 jusqu’à juillet 2026, c’est 60 % des effectifs de la police » affectés aux différents points fixes qui auraient été rappelés, a expliqué Rosy Auguste Ducéna. Pour le RNDDH, cette décision aurait contribué à rendre vulnérables des secteurs pourtant identifiés comme stratégiques.
Le RNDDH affirme également que les autorités policières avaient reçu des alertes avant l’attaque d’août. La responsable du commissariat de Kenscoff aurait notamment adressé des correspondances les 27 et 28 juillet pour demander un renforcement des capacités opérationnelles, sur la base d’informations faisant état de la préparation d’une attaque majeure. Selon le RNDDH, aucune mesure suffisante n’aurait été prise en réponse à ces alertes.
Le bilan présenté par le RNDDH reste provisoire. L’organisation affirme avoir recueilli des informations auprès de 101 victimes, de riverains, d’autorités locales, de policiers et de membres de la brigade communale. Elle fait état de 165 personnes tuées dans les violences recensées en juillet et août, de 23 blessés, de 71 personnes victimes d’enlèvement avec séquestration et de plusieurs cas de violences sexuelles, dont celui d’une fille de 12 ans. Le RNDDH précise que la collecte de données se poursuit et que le bilan pourrait évoluer.
Pour Rosy Auguste Ducéna, ces éléments soulèvent des questions sur la préparation et la réponse des autorités face aux menaces qui pesaient sur Kenscoff. Le RNDDH dit vouloir documenter les faits, identifier les victimes et établir les responsabilités à partir des informations recueillies. L’organisation souligne notamment que les victimes ne doivent pas être réduites à de simples chiffres, alors que les violences de juillet et d’août ont profondément affecté la population de Kenscoff.
W.A.






