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Haiti under infusion of weapons: UN denounces trafficking facilitated by corruption and embezzlement within the state

 

Port-au-Prince, le 8 octobre 2026.- Le Groupe d’experts de l’ONU dresse un constat alarmant sur le trafic d’armes et de munitions en Haïti. Malgré les mesures prises par les autorités haïtiennes, dominicaines et américaines pour faire respecter l’embargo sur les armes, les réseaux criminels continuent de s’approvisionner avec une facilité inquiétante. Le rapport pointe les failles des contrôles, la corruption de fonctionnaires haïtiens, le détournement de stocks de la Police nationale d’Haïti (PNH) et la libération de suspects pourtant confrontés à des éléments de preuve jugés accablants.

Des trafiquants qui opèrent avec peu de risques

Selon le Groupe d’experts, les réseaux étudiés entre les États-Unis et Haïti ne sont pas particulièrement sophistiqués. Ils utilisent souvent des méthodes rudimentaires et laissent derrière eux des traces permettant de les identifier. Certains trafiquants auraient même acheté des armes sous leur propre nom auprès de vendeurs américains légalement autorisés, laissant des documents exploitables par les enquêteurs.

Pour l’ONU, cette situation traduit surtout une perception d’un faible risque d’interception. Le rapport met directement en cause les faiblesses des mécanismes d’inspection et d’application de la loi, tant aux États-Unis qu’en Haïti. Il évoque également la complicité de fonctionnaires corrompus des douanes et des services haïtiens chargés de la détection et de la répression, qui faciliteraient l’acheminement de cargaisons illicites par voie aérienne et maritime.

Des armes de plus en plus meurtrières

Le Groupe d’experts constate une évolution préoccupante de l’arsenal utilisé par les gangs. Les fusils semi-automatiques de calibre 5,56 x 45 mm ont progressivement remplacé les fusils de chasse dans plusieurs groupes armés. Les gangs se procurent également davantage de fusils de calibre 7,62 x 39 mm et, dans une moindre mesure, de calibre 7,62 x 51 mm.

Le rapport signale aussi la présence, encore limitée mais croissante, de fusils de calibre .50 parmi certains gangs. Cette évolution contribue directement à l’augmentation de la létalité des affrontements armés.

1 200 cartouches analysées, plus de 30 fabricants

Entre octobre 2025 et juin 2026, le Groupe d’experts a analysé un échantillon de 1 200 cartouches saisies auprès de gangs à Kenscoff, à Croix-des-Bouquets, à Delmas 2 et au Bel-Air. Les munitions étaient principalement de calibre 5,56 x 45 mm, qui représentent 59,5 % de l’échantillon, et 7,62 x 51 mm, à hauteur de 27 %.

Ces cartouches provenaient de plus de 30 fabricants répartis dans 20 pays, notamment en Europe, en Asie et sur le continent américain. Une part importante provenait de stocks nationaux, principalement haïtiens, mais également dominicains.

Un marché clandestin extrêmement rentable

Le trafic d’armes et de munitions demeure une activité très lucrative. À Port-au-Prince, selon le rapport, un pistolet de calibre 9 x 19 mm peut se vendre entre 2 000 et 4 000 dollars. Un fusil semi-automatique de calibre 5,56 x 45 mm peut atteindre 5 000 à 8 000 dollars, tandis qu’une seule cartouche de ce calibre coûte environ 3 dollars.

Les réseaux utilisent également les applications de messagerie cryptée pour mettre en relation vendeurs, intermédiaires et acheteurs. Le Groupe d’experts cite notamment l’existence, en 2025, d’un groupe baptisé « Marché des armes », administré depuis un numéro enregistré en France et proposant des armes de poing et des fusils semi-automatiques à des clients potentiels en Haïti, en République dominicaine et dans plusieurs territoires français.

Des stocks de la PNH retrouvés chez les gangs

L’un des constats les plus préoccupants concerne le détournement des équipements de la Police nationale d’Haïti. Le rapport indique que des munitions utilisées par la PNH sont régulièrement retrouvées dans les stocks des gangs et que des armes appartenant à la police sont récupérées auprès de membres de groupes armés.

À titre d’exemple, sur 336 cartouches de calibre 7,62 x 51 mm recensées après des saisies effectuées auprès des gangs Jamesley et Krache Dife en 2026, 70 % provenaient de détournements des stocks de la PNH. Le Groupe d’experts affirme également avoir enquêté sur un réseau d’agents de l’UDMO qui vendaient des munitions à des gangs depuis notamment le commissariat de Pat-Chawal, à Saint-Marc.

Des suspects libérés malgré des preuves jugées accablantes

Le rapport critique également le traitement judiciaire des dossiers de trafic d’armes. Dans plusieurs affaires déjà signalées, les suspects auraient été remis en liberté malgré des éléments de preuve qualifiés d’accablants. Le Groupe d’experts affirme que certaines enquêtes ont été entravées par les pressions d’acteurs influents et qu’aucune poursuite n’a abouti à une inculpation dans plusieurs cas.

Le rapport cite notamment trois hommes, Étienne Roudley, Sony Pierre et Sténio Saint-Fleur, arrêtés en République dominicaine en 2025 pour l’acquisition d’armes, de drones et d’autres équipements destinés à des chefs de gangs haïtiens. Malgré les éléments recueillis, les trois hommes ont été remis en liberté par les autorités haïtiennes.

Des responsables politiques et économiques déjà impliqués

Le Groupe d’experts rappelle enfin que le trafic d’armes ne se limite pas aux réseaux criminels. Dans l’Artibonite, il affirme que des hommes d’affaires et des acteurs politiques ont soutenu des gangs. Le rapport cite notamment Prophane Victor, accusé d’avoir contribué à l’essor du gang Grand Grif par la fourniture d’armes, et Youri Latortue, accusé d’avoir soutenu les gangs Raboteau et Kokorat San Ras, notamment par la fourniture d’armes et de munitions.

Le rapport montre ainsi une chaîne d’approvisionnement qui dépasse largement les gangs eux-mêmes : trafiquants internationaux, réseaux transfrontaliers, détournements de stocks policiers, fonctionnaires corrompus et acteurs politiques ou économiques se retrouvent dans un même écosystème criminel. Pour le Groupe d’experts, malgré les saisies et certaines arrestations, les failles institutionnelles, la corruption et l’absence de poursuites efficaces continuent de permettre l’alimentation du marché clandestin des armes en Haïti.

W.A.

Author: InfoNation

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