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Jacky Lumarque repart à la conquête de la présidence, onze ans après son exclusion

Le Recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque
 
Pétion-Ville, le 8 octobre 2026.- Jacky Lumarque veut reprendre la course présidentielle. Le recteur de l’Université Quisqueya a annoncé, lundi 5 octobre 2026, qu’il envisage de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. L’annonce a été faite lors d’une rencontre avec plus de 60 étudiants à Port-au-Prince, consacrée à la situation du pays et à la place de la jeunesse dans sa transformation. Onze ans après son exclusion de la présidentielle de 2015, le professeur revient ainsi sur le terrain politique avec une question qui demeure au cœur de son parcours : son éviction était-elle conforme aux décisions rendues par les instances électorales ?
 
Face aux étudiants, Jacky Lumarque a défendu une implication plus forte de la jeunesse dans la vie publique. Pour lui, les problèmes d’Haïti doivent être résolus par les Haïtiens eux-mêmes. Il a appelé les jeunes à ne pas rester spectateurs et a lancé : « l’heure de la jeunesse est maintenant ». Cette déclaration accompagne son retour dans une compétition présidentielle où son nom avait déjà été au centre d’une importante controverse électorale en 2015.
 
Un universitaire au parcours multidisciplinaire
 
Avant de devenir candidat pour la première fois, Jacky Lumarque s’est imposé comme l’une des figures importantes de l’enseignement supérieur et de la réflexion sur les politiques publiques en Haïti. Professeur de mathématiques, il est recteur de l’Université Quisqueya depuis 2007. Il avait auparavant occupé la fonction de recteur a.i. en 2006.
 
Son parcours académique est particulièrement diversifié. Il est diplômé de l’École Normale Supérieure et de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti. Il a poursuivi sa formation en France à l’Université Toulouse III, où il a obtenu une licence puis une maîtrise en mathématiques. Il détient également un MBA de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, une licence en droit des affaires et un doctorat en sciences de l’éducation de l’Université Paris-Est Créteil.
 
Son activité scientifique et pédagogique s’étend sur plusieurs décennies. Il a enseigné les mathématiques à l’Université d’État d’Haïti et au Centre technique de planification et d’économie appliquée. Il a également travaillé dans la formation professionnelle et publié plus d’une trentaine d’articles et de chapitres consacrés notamment à la didactique des mathématiques, à l’emploi, à la formation professionnelle et à l’enseignement supérieur.
 
Un acteur des réformes éducatives et des politiques publiques
 
Lumarque ne s’est pas limité au monde universitaire. Dans les années 1980, il a dirigé l’Institut national de la formation professionnelle et participé à la conception du système national de formation professionnelle. Il a également contribué à la mise en place de plusieurs institutions et programmes liés à la formation, à l’économie et aux politiques publiques, notamment Haiti Tech,  l’Ecole nationale supérieure de technologie, le Centre de facilitation des investissements.
 
Son parcours l’a ensuite conduit à travailler comme consultant dans les domaines de l’économie, de la gestion et des finances, notamment sur des dossiers liés au commerce, à l’investissement, aux politiques publiques et à la gouvernance. Entre 1995 et 2000, il a coordonné les travaux de la Commission présidentielle pour la croissance et la modernisation économiques.
 
Dans le domaine de l’éducation, il a participé à la préparation du premier Plan national d’éducation et à des travaux de réforme du système éducatif. Il a également été président du Consortium interuniversitaire pour la refondation du système éducatif haïtien de 2010 à 2015, un regroupement composé de cinq universités canadiennes et de cinq universités haitiennes. Sur le plan universitaire régional, il a présidé la Conférence régionale des recteurs, présidents et directeurs d’institutions universitaires de la Caraïbe de 2011 à 2019. Il a été aussi membre du Conseil d’administration puis vice-président du Conseil d’administration de l’AUF entre 2009 et 2017
 
Jacky Lumarque, un bâtisseur au service de l’éducation et du pays
 
Après le séisme du 12 janvier 2010, Jacky Lumarque s’est fortement investi pour remettre l’Université Quisqueya (UniQ) sur pied. Alors que les décombres n’étaient pas encore entièrement déblayés, il a mobilisé le fonds de réserve de l’université, installé des tentes dans la cour et relancé progressivement les activités académiques et sanitaires. Il a ensuite négocié un nouveau financement bancaire pour soutenir la reconstruction, permettant à l’UniQ de rouvrir ses portes dès septembre 2010.
 
Cet engagement s’inscrit dans une démarche plus large de connaissance et de service du pays. À travers son projet phare « TRASE CHEMEN », M. Lumarque avait établi les diagnostics de la totalité des sections communales d’Haiti et mis au point des feuilles de route pour environ 400 d’entre elles, en s’inspirant de la matrice des Objectifs de développement durable, ce qui lui a permis de mieux comprendre les réalités des territoires et des communautés. Son parcours témoigne ainsi d’une expérience construite au contact des réalités haïtiennes, tant dans le domaine universitaire que dans la connaissance du territoire national.
 
2015, l’épisode qui continue de poursuivre sa trajectoire politique
 
Le retour de Jacky Lumarque à la présidentielle remet inévitablement sur la table son exclusion de 2015.
 
À l’époque, candidat sous la bannière de la plateforme Vérité, il avait été retiré de la liste des candidats agréés par le Conseil électoral provisoire. Dans son communiqué numéro 36 du 19 juin 2015, le Conseil électoral provisoire (CEP) invoquait l’absence de décharge pour sa gestion comme coordonnateur du Groupe de travail sur l’éducation et la formation, en référence à l’article 90, alinéa h, du décret électoral.
 
Mais cette affaire ne s’était pas arrêtée à la décision du CEP. Les instances du contentieux électoral avaient été saisies. Selon le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne, le Bureau du contentieux électoral départemental de l’Ouest avait ordonné au CEP de maintenir Jacky Lumarque dans la course, estimant qu’il n’était pas soumis à l’exigence de décharge. Le rapport indique également que le CEP a ensuite illégalement écarté sa candidature malgré cette décision.
 
Un document de l’Office de la protection du citoyen présenté en 2015 rapporte également que la décision du Bureau du contentieux électoral départemental (BCED) avait été confirmée par le Bureau du contentieux électoral national (BCEN), le 9 juin 2015. Selon ce document, les instances contentieuses avaient considéré que Lumarque n’avait pas été ordonnateur ou comptable de deniers publics dans les fonctions contestées.
 
Une exclusion que Lumarque conteste encore
 
Onze ans plus tard, Jacky Lumarque refuse de présenter cet épisode comme une simple péripétie électorale. Interrogé sur son exclusion de 2015, il estime qu’elle constitue une atteinte grave à l’intégrité du processus électoral.
 
« Mon exclusion de la course en 2015 est présentée comme une banalité, allant de soi, alors qu’il s’agissait d’une grossière violation de la loi », affirme-t-il.
 
Il soutient que les instances contentieuses du CEP avaient établi qu’il n’était pas assujetti à l’exigence de décharge, puisqu’il n’avait pas la responsabilité de deniers publics dans les fonctions concernées. Il considère donc que le communiqué du CEP ayant conduit à son exclusion était intervenu en contradiction avec une décision juridictionnelle devenue définitive.
 
Cette lecture trouve un écho dans le rapport de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne. Celle-ci avait jugé regrettable que le CEP ait ignoré une décision d’une instance contentieuse ayant l’autorité de la chose jugée.
 
Un retour politique dans un contexte différent
 

Le Jacky Lumarque de 2026 n’est cependant plus exactement celui de 2015. Il revient après près de deux décennies à la tête de l’Université Quisqueya, avec un parcours marqué par l’enseignement supérieur, la recherche, la formation professionnelle et les politiques publiques.
 
Son retour intervient également dans un contexte politique profondément différent de celui de 2015. Sa candidature devra désormais être examinée à la lumière des règles électorales en vigueur et des exigences imposées par le nouveau processus électoral, comme celles de tous les autres candidats.
 
Pour Lumarque, cette nouvelle candidature représente donc davantage qu’un retour personnel en politique. Elle remet également au centre du débat son ancienne bataille avec le système électoral et la question de la sécurité juridique des candidatures en Haïti.
 
Le professeur de mathématiques devenu recteur veut désormais transformer son expérience universitaire et institutionnelle en projet politique. Reste à savoir si cette fois, son parcours scientifique et son expérience dans les politiques publiques suffiront à convaincre les électeurs, et surtout si son retour dans la compétition électorale se fera sans reproduire les controverses qui avaient marqué sa première tentative.
 
Onze ans après une première tentative interrompue dans les circonstances que l’on sait, Jacky Lumarque revient avec une expérience considérablement enrichie et une vision qu’il entend désormais soumettre au jugement des électeurs. En plaçant la jeunesse au cœur de son discours et en défendant une transformation portée par les Haïtiens eux-mêmes, il entend inscrire sa candidature dans une démarche de renouvellement politique. Le scrutin dira si ce retour lui permettra enfin de faire valider par les urnes une ambition présidentielle interrompue en 2015.
 
W. A.

 

Auteur : InfoNation

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