Le Recteur Jacky Lumarque prenant la parole lors de la conférence-débat tenue dans la salle de conférence CCC de l’UniQ•photo : W. A.
Port-au-Prince, le 6 août 2026.- À l’initiative du recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque, une conférence-débat sur le thème « Secteur privé et gouvernance politique en Haïti : opportunités, possibilités et limites » a réuni universitaires, entrepreneurs et acteurs du secteur financier. Les participants ont souligné la faiblesse des institutions, l’absence d’une vision nationale et le déficit de collaboration entre l’État et le secteur privé comme autant d’obstacles au développement du pays. Ils ont plaidé pour une refondation de la gouvernance, des investissements accrus dans l’éducation et un engagement plus soutenu des élites économiques et politiques.
La gouvernance institutionnelle et le rôle du secteur privé dans le développement d’Haïti étaient au cœur d’une conférence-débat organisée, ce jeudi 6 août 2026, à l’Université Quisqueya. Universitaires, chefs d’entreprise et responsables du secteur financier ont partagé leurs analyses sur les défis structurels auxquels le pays est confronté.
En ouvrant les débats, le recteur Jacky Lumarque a souligné la profonde crise de confiance qui caractérise les relations entre l’État, les citoyens et le secteur privé. Selon lui, le pays doit engager une véritable refondation nationale reposant sur des institutions crédibles, un État responsable et une mobilisation des forces économiques et sociales.
Il a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans l’éducation, la formation professionnelle, la recherche et l’innovation, estimant que le développement durable passe par la valorisation du capital humain et la construction d’institutions solides capables de soutenir la croissance économique.
Le professeur Frédéric Gérald Chéry, de l’Université d’État d’Haïti, a rappelé que le développement économique dépend avant tout de la qualité de la gouvernance. Il a souligné que les institutions ne se limitent pas à l’État, mais englobent également la famille, l’université, les collectivités territoriales, les médias et les organisations sociales. Selon lui, l’absence d’institutions efficaces affaiblit la production de connaissances, la création de richesses et la capacité de l’État à répondre aux besoins de la population.
Pour sa part, la professeure Michèle Oriol a mis l’accent sur la faiblesse du tissu institutionnel et sur la nécessité d’élargir la réflexion au-delà des grandes entreprises. Elle a appelé à mieux soutenir les secteurs économiques souvent négligés ainsi que les compétences nationales, tout en plaidant pour des politiques favorisant l’émergence d’une véritable classe moyenne, indispensable à la stabilité économique et sociale.
De son côté, l’industriel et PDG Richard Coles a défendu le rôle du secteur privé comme moteur de création de richesses et d’innovation. Il a toutefois reconnu que ce secteur devait faire preuve d’une plus grande responsabilité sociale. Il a dénoncé plusieurs dérives, notamment les abus de position dominante, les pratiques anticoncurrentielles, la corruption, les atteintes à l’environnement et l’évasion fiscale, estimant que ces comportements accentuent les inégalités et fragilisent davantage les institutions.
Le président du groupe ProFin, Robert Paret Jr, a dressé un constat préoccupant sur la faiblesse de la classe moyenne en Haïti, qu’il estime extrêmement réduite. Selon lui, le renforcement de cette catégorie sociale constitue une condition essentielle pour stimuler l’investissement, développer l’entrepreneuriat, créer des emplois et améliorer l’accès à une éducation de qualité. Il a également insisté sur le rôle de l’État dans la création d’un environnement favorable à la croissance économique.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé autour de la nécessité de reconstruire des institutions fortes, de renforcer la coopération entre l’État et le secteur privé, d’investir dans le capital humain et de promouvoir une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et l’intérêt collectif afin de favoriser le développement durable d’Haïti.



W. A.






