Le fondateur de Voie d’Espoir, Michel Joseph•©️photo : W. A./ InfoNation
Ce dimanche 4 octobre 2026, l’organisation haïtienne Voie d’Espoir, fondée en 2020 par Michel Joseph, a réuni une trentaine de familles biologiques dans les locaux de Banj pour des prélèvements d’ADN. Objectif : retrouver, grâce au laboratoire américain FamilyTreeDNA, des enfants donnés en adoption. Services gratuits, consentement volontaire, données confidentielles : l’organisation affirme ne faire aucune promesse de résultat, mais plus de 200 tests ont déjà été réalisés depuis 2024. Un site web sera lancé prochainement.
Le prélèvement se fait par la salive, sans aucune prise de sang. Les échantillons seront acheminés aux États-Unis, au laboratoire FamilyTreeDNA. Michel Joseph a insisté : « Un test ADN, ce n’est pas de la magie ou du vaudou », mais de la science.
Avant de passer au prélèvement, chaque participant a reçu une explication complète sur l’objectif du test, l’usage des données et ses droits, puis a rempli au moins trois formulaires, dont une déclaration de consentement libre et éclairé.
Pourquoi l’ADN ?
Beaucoup de dossiers d’adoption du passé comportent de faux documents, des mensonges ou des signatures obtenues à l’insu d’un parent. L’ADN reste donc, selon Michel Joseph, « la façon la plus sûre » de confirmer un lien. Certains adoptés l’exigent même après avoir retrouvé leur famille.
Un test peut aussi en révéler un autre : une famille testée à Jérémie peut être reliée à un adopté testé aux Pays-Bas. C’est pourquoi l’organisation ne teste jamais deux membres d’une même famille, et priorise les mères pour fiabiliser les résultats.
Aucune garantie, et des règles strictes
- Sans test de l’enfant dans une base accessible, aucune correspondance n’est possible.
- Personne chez Voie d’Espoir ne demandera d’argent, pour un test ou pour une mise en contact.
- Même en cas de correspondance, aucun contact sans l’accord de l’adopté et de la famille.
- Le consentement peut être retiré, dans les limites techniques et légales une fois l’analyse commencée.
- les données ne sont partagées avec aucune autre organisation en Haïti. Les partenaires locaux n’y ont pas accès. Le seul partenaire financier cité est Plan Kiskeya, aux Pays-Bas.
Des liens fragiles, des histoires douloureuses
Il a mis en garde : pour un enfant ayant grandi à l’étranger, un parent biologique est « un étranger », et le lien peut se rompre dès les premiers échanges. L’organisation a déjà perdu contact avec des adoptés après une reconnexion.
Les témoignages recueillis sur place ont donné la parole à des parents longtemps restés sans interlocuteur. Plusieurs dénoncent des orphelinats et crèches ayant promis des nouvelles et un accès à l’enfant à ses 18 ans, promesses non tenues. D’autres rapportent que des familles adoptives ont changé les noms des enfants et leur ont raconté qu’ils avaient été jetés ou vendus, ce qui les dissuade de contacter leur famille d’origine.
Michel Joseph a par ailleurs affirmé que « beaucoup d’adoptions se sont très mal passées » et que des adoptés ont subi de mauvais traitements, sans dossier ni information pour remonter à leurs origines.
Une réunification qui avance
Parmi les personnes présentes, Carole Lafaille a retrouvé son enfant aux Pays-Bas en 2021 grâce à Voie d’Espoir. Elle a fait le test à la demande de son enfant, qui souhaite une confirmation scientifique. Michel Joseph était accompagné d’une équipe dont Sheilla Louis Joseph et Richardson Bigot.
Après le Cap-Haïtien, Jérémie et Les Cayes (une centaine de familles réunies), l’organisation prépare le lancement d’un site web pour faciliter les demandes de recherche de parents biologiques.
W. A.






