Port-au-Prince, le 7 octobre 2026.- Le Groupe d’experts travaillant sur le dossier d’Haïti dresse un constat préoccupant de la situation sécuritaire, dans son rapport final du 8 septembre 2026, transmis au Conseil de sécurité. Les gangs maintiennent leur emprise sur les principales routes nationales reliant Port-au-Prince au reste du pays, tandis que les groupes armés se multiplient. Le rapport souligne aussi les capacités limitées de la Police nationale d’Haïti (PNH), le recours accru à des acteurs internationaux et le développement des groupes de légitime défense.
Après plusieurs années d’instabilité, les gangs continuent de profiter du vide institutionnel dans plusieurs zones de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. Selon les experts, les opérations des autorités ont permis de reprendre certains quartiers de la capitale, mais ces avancées restent fragiles.
La situation s’est particulièrement détériorée dans le Bas-Artibonite. Des gangs décrits comme de plus en plus puissants y mènent des attaques d’une brutalité accrue. La population est également exposée aux violences liées aux affrontements entre groupes armés, notamment dans l’Ouest et l’Artibonite.
Le rapport relève une réponse sécuritaire fragmentée. Le Gouvernement s’appuie notamment sur la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti (FAd’H), la Force de répression des gangs (FRG) et une société militaire privée étrangère. Parallèlement, des groupes de légitime défense, des sociétés de sécurité privées et la Brigade de sécurité des aires protégées occupent progressivement une place plus importante dans le dispositif sécuritaire.
Les experts soulignent toutefois l’absence de contrôle officiel sur certains de ces acteurs. Cette situation, selon eux, favorise l’impunité et contribue à la répétition de violations des droits humains.
La Police nationale d’Haïti continue de faire face à des effectifs insuffisants, à des problèmes d’équipement, à des accusations de corruption et à des violations des droits humains. Le Gouvernement a parallèlement engagé un processus de renforcement des Forces armées d’Haïti, avec le recrutement, l’acquisition de matériels, la formation et l’élaboration d’une nouvelle doctrine militaire.
La Force de répression des gangs, qui a succédé à la Mission multinationale d’appui à la sécurité, a commencé son déploiement en avril 2026. Ses premières opérations à Port-au-Prince ont débuté en juin. Le rapport indique que la force a procédé à ses premières arrestations à la mi-juin et remis les personnes interpellées à la PNH.
Le Groupe d’experts attire également l’attention sur la privatisation croissante de la sécurité. Le Gouvernement a prolongé d’un an le contrat d’une société militaire privée internationale et signé un contrat de dix ans avec une autre société pour renforcer la sécurité aux frontières et optimiser les recettes douanières. Cet accord suscite des inquiétudes en Haïti concernant la souveraineté nationale et les revenus versés à l’entreprise.
Face à l’insécurité, les groupes de légitime défense se sont multipliés. Dans certaines zones, ils constituent, selon les témoignages recueillis par les experts, le principal rempart contre les gangs. Mais certains sont également accusés d’extorsion et de violations des droits humains. Le ministère de l’Intérieur a commencé à enregistrer certains de ces groupes sous l’appellation de « Brigadiers de paix ».
W.A.






