Le ministre de l’économie et des finances et le directeur général du budget, Serge Gabriel Colin et Jean Michel Silin•©️photo : Primature
Port-au-Prince, le 7 octobre 2026.- Le gouvernement haïtien a présenté, ce mercredi 7 octobre, à la Villa d’Accueil, les grandes orientations du budget 2026-2027, évalué à 401,2 milliards de gourdes. Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, et le directeur général du Budget, Jean-Michel Silin, ont notamment exposé les prévisions de recettes et de dépenses, les choix de financement ainsi que les principaux objectifs macroéconomiques de l’exercice. Ces projections interviennent toutefois alors que les résultats associés aux précédentes enveloppes budgétaires restent difficiles à mesurer et que la reddition de comptes demeure un enjeu majeur de la gestion publique.
Une économie encore sous pression
Le projet de budget intervient dans une économie qui demeure fortement fragilisée. Selon les explications fournies par les responsables, Haïti s’apprête à sortir d’une période de plusieurs années de croissance négative, alors que l’inflation reste à deux chiffres. Pour l’exercice 2026-2027, les autorités tablent sur une croissance de 0,5 % et une inflation de l’ordre de 15 %. Jean-Michel Silin a insisté sur la nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques, notamment en limitant le recours au financement monétaire, susceptible d’alimenter les tensions inflationnistes et de peser sur le taux de change. Ce financement est néanmoins projeté à 4,2 milliards de gourdes pour le prochain exercice, alors que l’objectif affiché demeure de le ramener progressivement à zéro.
401,2 milliards de gourdes pour financer les priorités
D’un montant total de 401,2 milliards de gourdes, le budget repose notamment sur 262,9 milliards de recettes courantes. La Direction générale des impôts (DGI) doit contribuer à hauteur de 95 milliards de gourdes, tandis que les recettes douanières sont estimées à 129 milliards, hors produits pétroliers, auxquelles s’ajouteraient environ 36 milliards provenant de cette source. L’État prévoit également 91,7 milliards de gourdes sous forme de dons et de prêts, ainsi que 35,179 milliards à travers l’émission de titres du Trésor. Serge Gabriel Collin a, par ailleurs, souligné la nécessité de maîtriser les dépenses courantes, estimées à environ 232,6 milliards de gourdes, afin de préserver une capacité suffisante pour financer les investissements et les infrastructures nécessaires à la reprise économique.
Sécurité, élections et investissements au cœur des choix
Les priorités annoncées portent d’abord sur la sécurité et le rétablissement des conditions nécessaires à la tenue des élections. Des ressources importantes sont prévues pour la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H), tandis que l’éducation devrait constituer le deuxième grand poste d’allocation après la sécurité. Le gouvernement prévoit également des dépenses liées à l’organisation des élections et au fonctionnement des futures institutions issues du processus électoral.
Sur le plan économique, l’accent est mis sur les investissements, notamment dans le Grand Nord et le Grand Sud, afin de soutenir la production, les infrastructures, l’emploi et la création de richesses. Jean-Michel Silin a toutefois rappelé que la croissance durable ne pourra pas reposer uniquement sur les dépenses publiques. Le secteur privé devra jouer un rôle central dans l’investissement et la création d’emplois, l’État étant appelé à créer les conditions nécessaires à cette dynamique.
Des prévisions à confronter aux résultats
Ces projections traduisent une volonté de mobiliser davantage de ressources pour répondre aux urgences du pays et soutenir la relance économique. Mais l’augmentation des enveloppes budgétaires ne suffit pas, à elle seule, à mesurer l’efficacité de l’action publique. Au-delà des montants annoncés, les dépenses effectivement exécutées, les réalisations livrées et leurs impacts sur la population restent à documenter avec davantage de précision. Pour l’exercice 2026-2027, l’enjeu sera ainsi de rapprocher les prévisions budgétaires des résultats effectivement obtenus et de renforcer la reddition de comptes sur l’utilisation des ressources publiques.

R.J.






