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De Trujillo au football, 89 ans de tensions récurrentes entre Haïti et la République dominicaine

Alors que les expulsions massives de migrants haïtiens s’intensifient en République dominicaine, le terrain de football est devenu le nouveau théâtre des rivalités historiques de l’île. Du « massacre du Persil » en 1937 aux récentes interdictions du ministre des Sports dominicain, retour sur d’une cohabitation insulaire où le sport, la politique et la mémoire s’entrechoquent.

En 2026, les tensions autour de la question migratoire restent fortes entre les deux pays partageant l’île. Selon la Direction générale de la migration dominicaine, 34 195 personnes ont été expulsées ou reconduites en août 2026, portant à 265 412 le nombre annoncé depuis le début de l’année. La DGM indique également avoir arrêté 36 005 ressortissants haïtiens au cours du même mois dans le cadre de ses opérations de contrôle migratoire. Ces mesures s’inscrivent dans une politique dominicaine de renforcement du contrôle migratoire et frontalier.

C’est dans ce contexte qu’un match de football est venu ajouter un nouvel épisode aux relations déjà sensibles entre les deux pays. Le 1er octobre 2026, Haïti a affronté la République dominicaine au stade olympique Félix Sánchez, à Santo Domingo dans le cadre de la Ligue des Nations de la Concacaf. Les Grenadiers se sont imposés 4-1, grâce notamment à un doublé de Wilson Isidor. Louicius Deedson et Yassin Fortuné ont également marqué pour Haïti.

La rencontre a été précédée de mesures de sécurité renforcées autour du Centre olympique. Des supporters ont forcé certaines entrées et une porte a été endommagée, selon les informations rapportées après le match. Le lendemain, le ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz, a annoncé que la sélection haïtienne ne pourrait plus disputer de rencontres dans les installations sportives de la République dominicaine. Le président Luis Abinader a ensuite soutenu cette décision.

La polémique s’est prolongée après le match avec des déclarations de Wilson Isidor sur l’Hispaniola, qui ont provoqué une réaction de la Fédération dominicaine de football. Son président, José Deschamps, a dénoncé ce qu’il a qualifié de manque de respect envers la souveraineté dominicaine et évoqué une possible saisine de la FIFA et de la Concacaf. Ces déclarations et les mesures prises après le match illustrent la sensibilité persistante des questions liées à l’identité, à la souveraineté et aux relations entre les deux pays.

Le match de 2026 ne constitue évidemment pas une répétition du massacre de 1937. Les contextes et les formes de confrontation sont différents. Mais l’enchaînement des tensions migratoires, des mesures frontalières et désormais des restrictions sportives rappelle que l’histoire continue de peser sur les relations haïtiano-dominicaines.

1937 : Les racines historiques des fractures contemporaines

Dans la nuit du 2 octobre 1937, à Dajabón, le régime de Rafael Leónidas Trujillo déclenche une vaste campagne de massacres contre des Haïtiens et des personnes d’origine haïtienne vivant dans les zones frontalières dominicaines. Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes sont tuées, notamment à la machette. Les estimations varient selon les sources, mais plusieurs travaux situent le bilan entre 10 000 et 20 000 morts. Cette violence, connue sous le nom de « massacre du Persil », demeure l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire des relations entre les deux pays.

Les opérations avaient commencé dans certaines zones avant le 2 octobre et se sont poursuivies durant les jours suivants. Le terme « massacre du Persil » vient du récit selon lequel des soldats auraient demandé à des personnes suspectées d’être haïtiennes de prononcer le mot espagnol « perejil ». Leur accent aurait servi à les identifier. Des chercheurs soulignent toutefois que l’importance réelle de cette méthode dans les massacres reste difficile à établir. La violence a également touché des personnes nées en République dominicaine au sein de communautés haïtiennes ou haïtiano-dominicaines.

En 1938, sous la pression internationale, la République dominicaine avait accepté de verser 750 000 dollars à Haïti à titre d’indemnisation. Le montant a été ensuite ramené à 525 000 dollars. La répartition effective de ces fonds entre les victimes et leurs familles reste cependant limitée.
Près de neuf décennies plus tard, cet épisode demeure profondément ancré dans la mémoire collective haïtienne et continue de nourrir les perceptions des politiques dominicaines envers les Haïtiens.

W. A. 

Auteur : InfoNation

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