Jean Marie Altéma
Port-au-Prince, le 9 août 2026.- L’expert en technologies numériques Jean Marie Altéma appelle à ne pas réduire aux seuls réseaux sociaux l’affaire d’une jeune TikTokeuse interpellée par la DCPJ pour ses liens présumés avec des gangs. Intervenant samedi 8 août sur Magik 9, il a expliqué que cette affaire doit surtout pousser les autorités à s’interroger sur l’utilisation croissante des plateformes numériques par les organisations criminelles pour développer leur influence, attirer des jeunes et faciliter certaines interactions.
Dans son analyse publiée dans Le Nouvelliste le 5 août dernier, Altéma estime que le crime organisé est en train de dépasser le contrôle des territoires physiques pour investir également l’espace numérique. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, peuvent ainsi devenir des espaces de visibilité, de communication et d’influence exploités par différents acteurs.
L’expert invite toutefois à éviter les conclusions hâtives concernant les personnes interpellées. Pour lui, un dossier judiciaire doit être traité sur la base des faits et des preuves. L’enjeu dépasse donc l’identification d’une personne visible sur les réseaux sociaux. Il faut chercher à comprendre les éventuelles connexions entre créateurs de contenu, intermédiaires, organisations criminelles et circuits financiers.
Selon Altéma, cette évolution pose un défi important aux institutions haïtiennes. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les opérations policières. Elle doit également intégrer le renseignement numérique, le suivi des flux financiers, la coopération entre les institutions et la prévention auprès des jeunes.
Il souligne par ailleurs la vulnérabilité d’une partie de la jeunesse haïtienne, confrontée au chômage, au manque d’opportunités et à l’insécurité. Dans ce contexte, la recherche de revenus, de visibilité ou de reconnaissance peut rendre certains jeunes plus exposés aux stratégies d’influence ou de manipulation.
Pour l’ancien directeur général du CONATEL, Haïti doit donc renforcer ses capacités dans le domaine du numérique et adapter ses mécanismes de lutte contre la criminalité à l’évolution des technologies. Son analyse rejoint son parcours dans les domaines de la stratégie numérique, de la gouvernance des technologies de l’information et de la cybersécurité.
Au-delà de l’affaire qui a suscité le débat, Jean Marie Altéma pose ainsi une question centrale : les institutions haïtiennes disposent-elles aujourd’hui des compétences, des outils et de la coordination nécessaires pour comprendre et combattre une criminalité qui cherche désormais à exercer son influence aussi bien dans les espaces numériques que sur le terrain ?
W. A.






