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Haïti à sec : la NOAA annonce un « Super El Niño » historique

 

Pétion-Ville, le 11 septembre 2026.- Pendant que Berlote, une localité de la quatrième section de Port-Salut, creuse la terre à la recherche d’eau et que le Nord-Ouest voit ses champs craquer sous le soleil, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence américaine chargée de l’étude des océans, de l’atmosphère et du climat) vient de confirmer ce qu’Haïti redoutait : un « Super El Niño » historique, avec 75 % de chances de battre tous les records depuis 1950, s’installe pour de longs mois – au pire moment pour un pays déjà à genoux.

Le phénomène climatique El Niño s’est officiellement installé dans l’océan Pacifique, et ses effets se font déjà sentir jusque dans les campagnes haïtiennes. Selon le bulletin publié le 10 septembre 2026 par la NOAA, les températures de surface du Pacifique équatorial dépassent désormais +3 °C au-dessus de la normale, et l’organisme estime à plus de 90 % la probabilité d’un épisode El Niño « très fort » pour l’automne et l’hiver 2026-2027. La NOAA va plus loin : elle chiffre à 75 % la probabilité que cet épisode devienne historique, dépassant tous les événements enregistrés depuis 1950. De son côté, l’OMM (Organisation météorologique mondiale) évalue à près de 100 % la probabilité que le phénomène se maintienne jusqu’en février 2027.

Pour Haïti, les prévisions saisonnières de septembre à novembre annoncent la poursuite d’un déficit pluviométrique, avec des probabilités de 40 à 50 % de précipitations inférieures à la normale sur la majeure partie du territoire, et des températures supérieures à la moyenne attendues surtout dans les régions de l’Ouest.
Les conséquences ne sont plus théoriques. À Berlote, les habitants font face depuis près de quatre mois à une absence quasi totale de pluie, obligeant certains à parcourir de longues distances, parfois à moto ou en louant des engins, pour trouver de l’eau. Dans le Nord-Ouest, des agriculteurs racontent qu’un sol autrefois capable de retenir l’humidité pendant une quinzaine de jours s’assèche désormais bien plus vite, menaçant des récoltes déjà fragilisées par ailleurs. Les départements de l’Artibonite, du Centre, du Nord-Ouest et certaines zones du Grand Sud sont identifiés comme particulièrement exposés à une aggravation des déficits de consommation alimentaire dans les prochains mois, selon le réseau FEWS NET (Famine Early Warning Systems Network, le système américain d’alerte précoce sur la famine), qui utilise la classification IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) pour évaluer la gravité de l’insécurité alimentaire par zone.

Le paradoxe d’El Niño dans la Caraïbe tient à sa double nature : le phénomène a tendance à réduire le nombre global d’ouragans dans l’Atlantique, mais il perturbe en même temps les régimes de pluie, accentue les sécheresses régionales et favorise l’apparition d’événements météorologiques atypiques, qu’il s’agisse de vagues de chaleur, de pluies torrentielles localisées ou de glissements de terrain dans les zones montagneuses. Un climat plus chaud retient davantage de vapeur d’eau, ce qui peut aussi intensifier les épisodes pluvieux quand les conditions s’y prêtent, rendant la situation haïtienne particulièrement instable et difficile à anticiper pour les producteurs agricoles.

Cette crise environnementale ne survient pas en vase clos. L’expansion des groupes armés dans les zones agricoles de l’Artibonite, du Centre et de l’Ouest limite déjà l’accès aux terres, réduit la main-d’œuvre disponible et entrave le transport des récoltes. Combiné à un épisode El Niño plus sévère que prévu, ce contexte fait craindre une réduction supplémentaire des rendements agricoles durant les campagnes d’automne et d’hiver, dans un pays où la population est déjà largement exposée aux chocs climatiques. Sans réponse coordonnée, la vulnérabilité structurelle d’Haïti face à ces deux crises superposées, climatique et sécuritaire, risque de s’approfondir dans les mois à venir.

Quetya AUBIN

Auteur : InfoNation

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