Diego Da Rin, analyste de l’International Crisis Group
Port-au-Prince, le 30 septembre 2026.- Un an après la création de la Force de répression des gangs (FRG), son déploiement reste inférieur à 2 000 membres, selon Diego Da Rin, analyste de l’International Crisis Group. Invité à évaluer la première année de la force, il souligne que celle-ci mène depuis juin des patrouilles et des opérations de reconnaissance, mais n’a pas encore engagé sa véritable phase offensive contre les groupes armés. Le mandat a été renouvelé par le Conseil de sécurité de l’ONU pour six mois, au lieu d’un an, afin notamment de permettre une nouvelle évaluation de la mission.
Un déploiement encore incomplet
Selon Diego Da Rin, le rythme de déploiement de la FRG s’explique notamment par les difficultés logistiques et opérationnelles rencontrées depuis sa mise en place. La force évite de communiquer sur ses effectifs présents sur le terrain pour des raisons de sécurité. Cette discrétion vise notamment à limiter les risques d’attaque et à préserver le secret des opérations.
La FRG a néanmoins commencé à patrouiller dans certaines zones depuis juin et à effectuer des opérations de reconnaissance. Pour Da Rin, ces activités ne correspondent pas encore à une offensive destinée à reprendre durablement les territoires contrôlés par les groupes armés.
Un mandat réduit à six mois
Le renouvellement du mandat constitue un autre enjeu. Selon l’analyse de Da Rin, les États-Unis et le Panama avaient initialement privilégié une reconduction technique du mandat existant. Une durée de six mois pourrait permettre aux membres du Conseil de sécurité de reprendre les négociations dans un contexte moins chargé, mais aussi de réexaminer certains éléments de la mission une fois son déploiement davantage avancé.
L’analyste souligne toutefois que les négociations au Conseil de sécurité restent confidentielles. Il indique qu’il est impossible d’établir, à partir des informations disponibles, si des considérations géopolitiques extérieures à la situation haïtienne ont directement influencé la durée du nouveau mandat.
Un déficit d’effectifs côté haïtien
Pour Diego Da Rin, le déficit de capacités reste l’un des principaux obstacles à une reprise durable du territoire. Les chiffres officiels situent les effectifs de la PNH autour de 13 000 à 14 000 policiers, mais l’analyste estime qu’environ 8 000 seraient réellement actifs sur le terrain. Une proportion plus réduite dispose des capacités nécessaires pour mener des opérations contre les groupes armés.
Les Forces armées d’Haïti (FAd’H) commencent également à être déployées pour sécuriser certaines positions récupérées par les forces de sécurité. La FRG, avec un objectif annoncé de 5 500 membres, doit donc apporter une capacité supplémentaire et permettre une présence sur plusieurs fronts.
Des opérations difficiles dans les bastions des gangs
La reprise des territoires contrôlés par les groupes armés reste cependant complexe. Da Rin décrit des zones protégées par des obstacles physiques, des tranchées, des positions de tir et des réseaux d’informateurs. Dans les quartiers densément peuplés, les forces doivent également composer avec la présence de civils et l’utilisation présumée de mineurs par certains groupes armés.
L’analyste estime ainsi que la FRG devra relever un défi différent de celui des missions classiques de maintien de la paix. La force devra mener des opérations offensives pour reprendre des territoires, alors que plusieurs de ses contingents disposent surtout d’une expérience dans le maintien de la paix. Pour Da Rin, l’arrivée progressive des 5 500 membres pourrait accroître l’empreinte sécuritaire de l’État, mais son efficacité dépendra aussi de la capacité des forces haïtiennes à accompagner durablement cette opération.
W. A.






