L’ancien sénateur Nenel Cassy et l’ancien député Alfredo Antoine
Port-au-Prince, le 7 octobre 2026.- Dans son rapport final sur Haïti, le Groupe d’experts des Nations unies affirme que des motivations politiques ont contribué à la déstabilisation de Kenscoff. Le document met notamment en cause deux anciens responsables politiques, Alfrédo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff, et Nenel Cassy, ancien sénateur des Nippes. Le premier est présenté comme l’un des principaux commanditaires présumés de l’attaque du 27 janvier 2025, tandis que le second est accusé par les experts d’avoir soutenu plusieurs acteurs armés et participé à des opérations visant à déstabiliser la commune.
Kenscoff, un territoire stratégique
Plus d’un an et demi après l’attaque attribuée à Viv Ansanm du 27 janvier 2025, la situation reste précaire à Kenscoff. Entre le 4 et le 9 juillet 2026, les violences ont fait au moins 61 morts et déplacé quelque 5 800 personnes, selon le rapport. D’après les experts, les gangs continuent de circuler dans les zones difficiles d’accès et de reprendre certains territoires.
La commune revêt une importance stratégique en raison de sa proximité avec Pétion-Ville, de ses infrastructures de télécommunications, de son rôle dans l’approvisionnement alimentaire de Port-au-Prince et de sa position sur l’axe reliant la capitale au sud du pays.
Alfrédo Antoine accusé d’avoir alimenté les réseaux armés
Le Groupe d’experts affirme qu’Alfrédo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff de 2016 à 2020, aurait, depuis plusieurs années, armé et soutenu des groupes de jeunes de la région à des fins politiques. Certains auraient ensuite évolué en gangs ou rejoint des groupes armés.
Le rapport le présente comme l’un des principaux commanditaires présumés de l’attaque du 27 janvier 2025, qui avait fait plus de 100 morts et avait été accompagnée, selon les experts, de viols, de vols à main armée et d’incendies d’habitations.
Arrêté en avril 2025 pour plusieurs chefs d’accusation, il a été libéré le 9 mai. Antoine nie ses liens avec les gangs. Les experts indiquent néanmoins maintenir leurs conclusions.
Des connexions présumées avec Viv Ansanm
Selon le rapport, Alfrédo Antoine communiquait régulièrement avec des membres de Viv Ansanm, notamment Dady Paul, alias Frantz Valmyr ou « Didy », présenté comme l’un des principaux chefs de gang de Kenscoff.
Il aurait également entretenu des contacts avec Magalie Habitant et des liens étroits avec Vitelhomme Innocent. Le Groupe d’experts l’identifie aussi comme un fournisseur présumé d’armes, de munitions et de ressources financières à Viv Ansanm, par l’intermédiaire d’un tiers.
Le rapport indique par ailleurs que plusieurs armes détenues illégalement auraient été retrouvées à son domicile.
Nenel Cassy accusé de soutenir plusieurs groupes armés
Le rapport met également en cause Nenel Cassy, ancien sénateur des Nippes. Les experts affirment qu’il aurait soutenu différents acteurs armés afin de servir ses intérêts politiques.
Ils lui attribuent notamment le contrôle du groupe criminel « BLTS », actif à Chalon et à Miragoâne, ainsi qu’un rôle dans la création de Fantome 509. Ce groupe, composé notamment d’individus armés et de policiers, est présenté dans le rapport comme impliqué dans des troubles à l’ordre public, des incendies, des actes de vandalisme et des meurtres de policiers.
Des attaques contre Kenscoff et des infrastructures nationales
Le Groupe d’experts affirme que Nenel Cassy aurait organisé des réunions ayant conduit à des attaques visant à déstabiliser Kenscoff, en collusion avec Viv Ansanm.
Il aurait également planifié des attaques contre des infrastructures aéroportuaires à Port-au-Prince, aux Cayes et au Cap-Haïtien. Selon des informations transmises par deux États membres, il aurait distribué des armes à des gangs à Gressier et soutenu notamment Ti-Makak, G-Pèp et Kraze Baryè, dirigé par Vitelhomme Innocent.
Arrestations, libérations et accusations d’impunité
Arrêté en août 2025 pour complot contre la sûreté de l’État, financement de groupes criminels, tentative de meurtre et association de malfaiteurs, Nenel Cassy a été libéré le 19 août. Cette décision a été dénoncée par des organisations de la société civile.
Le rapport indique que des sources proches de l’enquête auraient affirmé que l’affaire avait été classée sans suite. Les experts évoquent également son influence présumée dans la nomination de responsables au Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement et des détournements de fonds qui auraient impliqué Patrick Noramé.
Cassy a été sanctionné par le Canada et les États-Unis en 2023 et interdit d’entrée en République dominicaine la même année.
W. A.






