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« Ne vendez pas votre vote, ne vendez pas votre dignité » : le cri d’un jeune Haïtien depuis le Brésil

Micolove Dorvil

Brasília, le 29 septembre 2026.- Micolove Dorvil, jeune Haïtien étudiant en sciences politiques et en sociologie au Brésil, porte un regard sans détour sur la crise que traverse Haïti. Dans une interview accordée à InfoNation ce lundi 28 septembre, il aborde l’émigration, la diaspora, l’insécurité, l’économie, les élections et la responsabilité citoyenne. Depuis l’étranger, il refuse de considérer son départ comme une rupture avec son pays et appelle sa génération à transformer ses connaissances et ses expériences en ressources pour la reconstruction d’Haïti.

Parti d’Haïti avec des rêves et des projets, Micolove Dorvil considère son expérience au Brésil comme une étape dans son parcours de formation. Pour lui, émigrer ne signifie pas nécessairement abandonner son pays. Étudier, travailler, apprendre un métier ou développer de nouvelles compétences à l’étranger peuvent préparer les jeunes à contribuer, un jour, à la transformation d’Haïti. « Notre vie dans la diaspora n’a pas besoin d’être déconnectée de l’avenir d’Haïti », affirme-t-il.

Son regard sur la situation économique est particulièrement préoccupé. Il évoque la pauvreté, le chômage, les difficultés d’accès à l’éducation et les familles confrontées à une précarité croissante. Derrière les statistiques, souligne-t-il, se trouvent des enfants qui ne vont plus à l’école, des parents incapables de payer leur loyer et des jeunes contraints de chercher ailleurs les possibilités qu’ils ne trouvent pas dans leur pays. À ses yeux, la crise économique dépasse les chiffres pour devenir une véritable crise de dignité.

À cette crise s’ajoute l’insécurité qui, selon lui, désorganise la vie sociale et affaiblit davantage les institutions. Entre déplacements, fermetures d’entreprises, perturbations scolaires, restrictions de circulation et peur quotidienne, une partie de la population vit dans l’incertitude. Micolove Dorvil interpelle directement l’État : la sécurité, la justice, l’éducation, l’emploi, la santé, les infrastructures et le fonctionnement des institutions ne sont pas des faveurs accordées aux citoyens. « Le pays n’a pas besoin de plus de discours. Il a besoin de résultats », lance-t-il.

Sur la question électorale, le jeune expatrié se dit favorable au retour à un ordre démocratique, tout en insistant sur la qualité du processus. Pour lui, organiser un scrutin ne suffit pas si les citoyens ne peuvent pas circuler librement, accéder aux bureaux de vote ou participer sans crainte. Il plaide pour une rupture avec la logique des transitions permanentes et estime qu’une autorité de transition doit rester une solution provisoire, et non devenir une destination politique.

La diaspora occupe une place centrale dans son analyse. Micolove Dorvil souligne son importance économique pour les familles haïtiennes, mais déplore ce qu’il considère comme sa faible participation aux décisions politiques et civiques concernant l’avenir du pays. Il insiste également sur sa diversité. Un Haïtien vivant au Brésil, en Argentine ou au Chili, estime-t-il, doit bénéficier de la même dignité et de la même considération qu’un Haïtien établi aux États-Unis, au Canada ou en France. « La diaspora est plus large que quelques pays traditionnels », rappelle-t-il.

Son propre parcours témoigne de sa volonté de rester attaché à Haïti. Micolove Dorvil souhaite terminer sa licence, poursuivre une maîtrise, se spécialiser en criminologie et obtenir un doctorat avant de retourner dans son pays. Il encourage les jeunes de la diaspora à mettre leurs connaissances et leurs compétences au service de leur pays d’origine. « Si nous étudions, nos connaissances peuvent servir Haïti. Si nous apprenons un métier, nos compétences peuvent servir Haïti », soutient-il. Refusant de parler d’une génération perdue, il estime que les jeunes Haïtiens démontrent leur potentiel partout où ils se trouvent.

Son message final s’adresse directement à la jeunesse. « Ne vendez pas votre vote, ne vendez pas votre dignité », insiste-t-il, appelant les jeunes à préserver leur conscience et leur autonomie face aux acteurs politiques. Il les invite surtout à se poser une question : « Qu’est-ce que je peux apporter à mon pays ? » Pour Micolove Dorvil, Haïti ne doit pas être seulement un pays que sa jeunesse cherche à quitter, mais un pays à la reconstruction duquel cette génération décide de contribuer. Depuis le Brésil, son témoignage résonne ainsi comme le cri d’un jeune expatrié qui refuse de rompre avec l’avenir de son pays.

W. A.

Auteur : InfoNation

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